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Acheter un bien immobilier en couple : le guide complet pour éviter les pièges

Acheter un bien immobilier en couple : le guide complet pour éviter les pièges

Acheter une maison ou un appartement à deux est l'un des projets les plus excitants — et les plus engageants — d'une vie de couple. Mais entre transparence financière, cadre juridique et choix de la banque, beaucoup de couples se lancent sans être réellement préparés. Pour y voir clair, nous avons reçu Kissy Peron, courtière en crédit depuis 19 ans et fondatrice du cabinet de courtage indépendant Crédit Plus, dans un épisode spécial d'En Face de Toi animé par Amandine Zobadi Bella. Voici l'essentiel de cet échange, organisé pour vous aider à acheter sereinement à deux.

Acheter en couple : est-ce vraiment avantageux en 2025 ?

Oui, et pour plusieurs raisons. Acheter à deux permet de cumuler vos revenus, donc de viser un bien plus grand ou mieux situé, et de partager le poids de la mensualité. C'est aussi une façon de mutualiser le risque financier du projet.

Mais attention : cet avantage ne fonctionne que si l'achat se fait dans un cadre clair. Se lancer "à l'aveugle", sans définir au préalable le cadre juridique du projet, est l'erreur la plus fréquente — et la plus coûteuse à long terme.

La transparence financière, base de tout projet à deux

Avant même de penser à la banque, Kissy Peron insiste sur un point : la transparence totale entre partenaires. Concrètement, cela veut dire :

  • Ramener chacun ses trois derniers relevés de compte
  • Faire le point ligne par ligne sur les dépenses, y compris les petits virements automatiques
  • Vérifier que le loyer actuel est bien payé (un indicateur clé pour la banque)
  • Être honnête sur d'éventuels crédits en cours, retards de paiement, ou interdictions bancaires

Beaucoup de couples découvrent ces problèmes pendant le montage du dossier — au pire moment possible. Un partenaire peut cacher une addiction aux jeux d'argent, des paris sportifs en ligne, une perte d'emploi non annoncée, ou un fichage bancaire dont il n'a même plus le souvenir. Poser ces questions en amont évite bien des mauvaises surprises.

Les pièges à éviter avant de signer

Plusieurs erreurs reviennent régulièrement chez les couples qui achètent ensemble :

1. Supposer que l'autre gère l'argent comme vous. Ce n'est presque jamais le cas. D'où l'importance d'analyser les comptes ensemble, comme le ferait un banquier.

2. Ignorer l'existence d'enfants d'une précédente union. En cas de décès, ces enfants peuvent avoir des droits sur le bien acheté, même si vous n'étiez pas au courant de leur existence.

3. Ne pas prévoir de testament. Si votre partenaire refuse catégoriquement d'en établir un, c'est un signal à ne pas ignorer.

4. Acheter sur un coup de cœur. Un achat immobilier est avant tout un investissement : il faut se demander si le bien sera facile à revendre, et non se laisser guider uniquement par l'émotion.

5. Ne pas anticiper une éventuelle séparation. Ce n'est pas réservé aux couples de célébrités : définir en amont, chez le notaire, ce qui se passerait en cas de rupture protège les deux parties.

Le notaire avant la banque : l'étape que tout le monde oublie

C'est sans doute le conseil le plus contre-intuitif de l'interview : il faut voir un notaire avant même de démarcher une banque.

La plupart des couples font l'inverse : ils obtiennent une simulation de prêt, trouvent un bien, puis découvrent les problèmes juridiques en cours de route. Le notaire, lui, va :

  • Définir le régime matrimonial adapté à votre situation
  • Rédiger un contrat de mariage si nécessaire
  • Répartir les parts de propriété selon la contribution réelle de chacun

Ce dernier point est essentiel : contrairement à une idée reçue, gagner plus ne signifie pas automatiquement récupérer plus en cas de séparation. Sans acte notarié précisant la répartition, un bien acheté à deux est divisé à parts égales — même si l'un des partenaires a financé 80 % du crédit.

Bon à savoir : pour les couples non mariés, il est même possible d'obtenir deux crédits distincts sur le même bien, chacun remboursant sa propre part, avec un système de caution croisée entre partenaires.

Investissement locatif en couple : ce qui a changé

Investir dans le locatif en plus de sa résidence principale était autrefois plus simple grâce au "calcul différentiel" : les revenus locatifs venaient quasiment annuler le crédit correspondant dans le calcul du taux d'endettement.

Depuis l'intervention du Haut Conseil de Stabilité Financière, ce calcul a changé : désormais, l'ensemble des crédits est divisé par l'ensemble des revenus, ce qui peut bloquer l'accès à un futur achat de résidence principale dès le premier investissement locatif.

Solution évoquée par Kissy Peron : structurer l'achat via une société civile immobilière (SCI) ou un montage professionnel, en s'entourant d'un notaire ou d'un fiscaliste pour anticiper ces effets.

Peut-on inclure ses enfants dans l'achat ?

C'est possible, via une SCI, en donnant des parts à ses enfants même mineurs. Toutes les banques n'acceptent pas ce type de montage — certaines refusent de prendre une garantie sur un enfant mineur — mais celles qui le font exigent généralement un niveau de revenus élevé.

Bien choisir sa banque : ce n'est pas toujours celle où vous avez vos habitudes

Rester dans la banque de ses parents ou de son adolescence n'est pas toujours le bon réflexe. Chaque banque a un profil de client privilégié : fonctionnaires, jeunes actifs, profils CSP+, etc. Selon Kissy Peron, votre dossier a plus de poids déposé dans une agence proche de votre lieu de vie ou de travail plutôt que dans une agence où la clientèle a des revenus nettement supérieurs aux vôtres — au risque que votre dossier, pourtant solide, paraisse "faible" par comparaison.

À quoi sert vraiment l'apport ?

Contrairement à une idée reçue, l'apport ne sert pas prioritairement à rassurer la banque sur votre capacité d'épargne : il couvre avant tout les frais de notaire (en réalité des taxes reversées à l'État), que les banques refusent généralement de financer. Sans apport, la banque prêterait plus que la valeur réelle du bien — un risque qu'elle n'est pas toujours prête à prendre, sauf exceptions (moins de 30 ans, garanties complémentaires, biens situés dans des secteurs à forte valorisation).

Attention également aux logements sociaux : certaines banques se montrent plus réticentes à financer ce type de bien, estimant le risque de dévalorisation plus élevé — même si, dans les faits, ces logements sont souvent vendus 30 % en dessous du prix du marché.

Offre de prêt et rétractation : ce qu'il faut savoir

Une fois l'offre de prêt reçue, la loi impose un délai de réflexion de 11 jours avant de pouvoir la retourner signée. L'offre reste ensuite valable 30 jours. Se désister est possible en cas de projet qui ne se concrétise pas — mais attention : se rétracter sans motif valable après avoir signé peut exposer à des poursuites de la part du vendeur.

Au-delà du bien : les critères souvent négligés

Le bien en lui-même n'est qu'une partie de l'équation. Kissy Peron recommande également d'évaluer :

  • Les transports : un bien isolé peut vite devenir un casse-tête logistique, notamment pour les enfants ou en l'absence de permis de conduire
  • Les taxes annexes : taxe foncière, taxe d'ordures ménagères, charges de copropriété — des montants qui évoluent et qui s'ajoutent au crédit
  • L'entretien : ravalement de façade, chaudière, réparations imprévues doivent être budgétés
  • La mixité sociale : pour les familles issues de l'immigration, choisir un quartier où les enfants ne se sentiront pas isolés a un impact réel sur leur bien-être émotionnel

Les 3 conseils clés de Kissy Peron pour acheter sereinement à deux

  1. La transparence financière avant tout. Asseyez-vous ensemble, ramenez vos documents, faites le point sans rien cacher.
  2. Définissez votre vision à long terme. Un seul bien pour la vie, ou une stratégie patrimoniale ? Et surtout : votre partenaire est-il réellement prêt à s'engager sur un projet de 25 ans ?
  3. Ne jamais acheter sur un coup de cœur. Réfléchissez en investisseur, pas uniquement avec le cœur.

En conclusion

Acheter un bien à deux reste un projet magnifique lorsqu'il est mené avec un partenaire aligné sur la même vision. Ce n'est pas une démarche à prendre à la légère, mais ce n'est pas non plus réservé à une élite : en France, 58 % de la population est propriétaire. La clé, selon Kissy Peron, c'est de se former et d'aborder ce projet avec les bonnes informations en main.

Un grand merci à Kissy Peron, courtière en crédit et fondatrice de Crédit Plus, pour son expertise et sa générosité dans cet échange. Retrouvez-la sur Instagram pour toutes vos questions sur le financement immobilier.