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Argent, compte joint, crédit : une banquière répond à toutes vos questions sur la gestion financière en couple

Argent, compte joint, crédit : une banquière répond à toutes vos questions sur la gestion financière en couple

L'argent reste l'un des sujets les plus sensibles — et les moins bien maîtrisés — dans la vie à deux. Compte joint ou comptes séparés ? Qui est responsable en cas de crédit impayé ? Que devient l'argent en cas de décès ou de divorce ? Pour répondre à toutes ces questions concrètes, on a reçu Céline, directrice de secteur commercial dans le secteur bancaire depuis 13 ans, qui encadre aujourd'hui 25 collaborateurs. Elle nous livre les réponses claires que peu de couples connaissent vraiment.

Compte joint, comptes individuels : quelle organisation choisir ?

Le conseil de Céline est net : trois comptes valent mieux qu'un. Chaque partenaire garde un compte individuel pour recevoir son salaire et gérer ses dépenses personnelles, et le couple ouvre en parallèle un compte joint dédié aux charges communes (loyer, crédit immobilier, loisirs), alimenté par des virements automatiques réguliers. Cette organisation offre une meilleure traçabilité et limite les tensions liées à l'argent, plutôt que de tout centraliser sur un compte unique.

Petit détail à connaître : les cartes bancaires sont nominatives (une carte par personne), mais le chéquier est commun et peut être utilisé par l'un ou l'autre sans besoin d'une double signature — ce qui engage donc les deux partenaires dès qu'un chèque est signé.

Ouvrir et fermer un compte joint : ce qu'il faut savoir

L'ouverture d'un compte joint nécessite la présence physique des deux titulaires. Bonne nouvelle (ou mauvaise, selon les situations) : la fermeture obéit à la même règle. Il faut soit la présence des deux personnes, soit un courrier signé conjointement — impossible de clôturer un compte joint unilatéralement.

Quels outils pour bien gérer son argent à deux ?

Au-delà des applications de suivi budgétaire (type Bankin'), Céline recommande une astuce simple mais efficace : mettre en place des prélèvements et versements automatiques plutôt que de payer manuellement en carte bancaire. Loyer, factures, épargne programmée sur un livret : automatiser ces flux permet de savoir immédiatement ce qu'il reste réellement disponible à la fin du mois, une fois toutes les charges sorties.

Quelle épargne pour un couple ?

Sur les livrets classiques (Livret A, LDDS), impossible d'ouvrir un compte en commun — ils restent strictement individuels, y compris pour les couples mariés. Le régime matrimonial n'a d'ailleurs aucune incidence ici : ces livrets peuvent même être ouverts entre colocataires ou membres d'une même fratrie.

Pour épargner à deux, deux options existent : le compte-titres ordinaire (plus orienté bourse, avec un potentiel de rendement — et de risque — plus élevé) et l'assurance-vie en commun. Sur ce dernier point, Céline déconstruit une idée reçue tenace : contrairement à ce qu'on pense souvent, l'assurance-vie n'est pas bloquée pendant 8 ans. Les fonds restent disponibles à tout moment ; les 8 ans correspondent uniquement à une période fiscale au-delà de laquelle la fiscalité sur les intérêts devient plus avantageuse en cas de retrait. Elle n'est pas non plus réservée à la transmission de patrimoine : elle peut financer n'importe quel projet, de la retraite aux études des enfants.

Autre point de vigilance : il est impossible de donner procuration sur un contrat d'assurance-vie. On y désigne uniquement un bénéficiaire, qui percevra les fonds uniquement en cas de décès du souscripteur.

Fichage à la Banque de France : l'impact sur le couple

Voici un point crucial et largement méconnu : si l'un des deux partenaires est fiché à la Banque de France, l'ouverture d'un compte joint devient impossible, marié ou non. Et l'inverse est tout aussi vrai : si le fichage intervient après l'ouverture du compte joint (suite à un incident), c'est l'ensemble du compte, et donc les deux titulaires, qui se retrouvent impactés — y compris pour des démarches futures totalement séparées, comme l'ouverture d'un compte individuel dans une autre banque ou une demande de crédit en solo. Ce fichage reste actif pendant 5 ans, sauf régularisation.

Crédit à la consommation : qui est responsable si l'autre ne rembourse pas ?

La réponse dépend entièrement du régime matrimonial :

  • En concubinage : si l'un des deux contracte un prêt seul, il en est l'unique responsable.
  • Marié sous le régime de la communauté (le régime par défaut en France) : même sans avoir signé quoi que ce soit, l'autre conjoint peut être sollicité pour rembourser si le premier devient insolvable, car la dette engage la communauté.
  • Sous un régime de séparation de biens : chacun reste responsable de ses propres engagements.

Un point que Céline insiste à souligner : ce mécanisme reste largement méconnu, alors qu'il peut avoir des conséquences très concrètes en cas de crédit contracté de manière isolée par l'un des partenaires — y compris via des crédits renouvelables en ligne.

Achat immobilier : comment bien préparer son dossier de couple

Le CDI reste, sans surprise, le profil le plus rassurant pour les banques, mais Céline précise que de nombreux profils sont étudiés au cas par cas : intérimaires en poste depuis plusieurs années dans le même secteur, contractuels de la fonction publique, entrepreneurs et professions libérales avec trois ans d'activité et trois bilans comptables.

Concernant l'apport, il devient quasiment indispensable dans le contexte actuel des taux (autour de 3,5%, loin des taux à 1% connus en 2020-2021, qui ne reviendront probablement plus). Construire une épargne progressive et diversifiée dans le temps — court terme sur livret, moyen terme sur PEL, long terme sur assurance-vie — est un signal de sérieux déterminant pour la banque.

Autre idée reçue déconstruite : être ponctuellement à découvert (une à trois fois dans l'année, sans dépasser le plafond autorisé) n'empêche pas d'obtenir un crédit immobilier. Ce qui pose réellement problème, c'est un compte systématiquement et durablement dégradé sur les trois à six derniers mois précédant la demande.

Et non, il n'est pas obligatoire que les deux membres du couple travaillent : tout dépend du revenu global du foyer et du calcul du reste à vivre (environ 800€ par personne une fois les charges déduites).

Divorce et crédit immobilier en cours : comment ça se passe ?

En cas de séparation, la faute éventuelle du divorce (infidélité, etc.) n'a aucune incidence sur les obligations de remboursement du prêt. La solution passe systématiquement par une désolidarisation : soit l'un des deux rachète la part de l'autre (rachat de soulte), soit le bien est mis en vente. Impossible de conserver le crédit en l'état après une séparation.

Décès du conjoint : que devient l'accès au compte bancaire ?

Dès que la banque a connaissance d'un décès, le compte individuel du défunt est immédiatement bloqué — toute opération effectuée entre-temps (retraits, paiements par carte) peut être réclamée par les héritiers ou le notaire. Seul le compte joint reste utilisable par le conjoint survivant.

Point important à connaître : la procuration s'éteint automatiquement au moment du décès, y compris si elle avait été donnée depuis des années. Impossible donc de continuer à utiliser le compte d'un parent décédé, même avec une ancienne procuration.

Pour financer les obsèques (comptant généralement entre 4 000€ et 5 000€) en attendant le règlement de la succession, une avance peut être débloquée directement sur le Livret A du défunt en contactant la banque.

Ouvrir un compte pour son enfant : ce que beaucoup de parents ignorent

L'ouverture (et la fermeture) d'un compte au nom d'un enfant mineur nécessite l'accord et la signature des deux parents, y compris en cas de séparation — impossible pour un seul parent d'ouvrir ou de fermer ce compte, ni d'en retirer les fonds unilatéralement. Cette règle vise à protéger l'argent de l'enfant : dès qu'un compte est ouvert à son nom, les fonds lui appartiennent, même s'ils ont été versés par un parent.

Côté pratique : pas de carte bancaire avant 12 ans (et encore, selon les banques, uniquement une carte à autorisation systématique, sans découvert possible avant la majorité).

La procuration bancaire : ce qu'elle permet vraiment

Dernier point clarifié par Céline, et non des moindres : le mariage, même sous le régime de la communauté, ne donne aucun accès automatique aux comptes de son conjoint. Sans procuration explicite, la banque ne communiquera aucune information sur le compte de l'autre, même à un époux.

Concrètement, la procuration :

  • Se donne uniquement en agence, avec la présence physique des deux personnes
  • Reste valable indéfiniment, sans renouvellement annuel nécessaire, jusqu'à ce que le titulaire du compte décide d'y mettre fin (lui seul peut le faire, sans besoin que le mandataire soit présent)
  • N'a pas de plafond de montant
  • Permet au mandataire d'effectuer les mêmes opérations que le titulaire (virements, retraits, dépôts), à l'exception de la clôture du compte

Le conseil de fin : épargner, diversifier et ne pas rester seul face aux difficultés

Pour conclure, Céline invite les jeunes couples à ne pas négliger l'épargne, même en s'intéressant aux marchés plus volatils comme la crypto ou l'or — à condition de diversifier et de ne pas y placer des montants qu'on ne peut pas se permettre de perdre. Son dernier conseil, peut-être le plus important : en cas de difficulté financière, contacter sa banque en amont plutôt que d'attendre que la situation se dégrade au point que ce soit la banque qui prenne l'initiative du contact.

Un grand merci à Céline pour sa pédagogie et la clarté de ses réponses sur un sujet aussi central que méconnu dans la vie de couple. Retrouvez-la sur Instagram pour toute question sur la gestion financière.