On parle beaucoup d'amour, de communication et de projets à deux sur En Face de Toi, mais rarement de ce qui se passe du côté médical. Pour combler ce vide, on a reçu le Docteur Mariam Sacko, un profil aussi rare que complet : urgentiste de formation, gynécologue médicale, et psychothérapeute formée à l'hypnose. Installée en Côte d'Ivoire, elle répond sans détour à toutes nos questions sur la santé du couple.
Quels examens médicaux faire avant de se mettre en couple ?
Pas besoin d'attendre le mariage : dès qu'une relation devient exclusive, certains réflexes s'imposent. Le Dr Sacko est claire : la priorité absolue, c'est le dépistage des infections sexuellement transmissibles, pour les deux partenaires. Côté femme, cela s'accompagne d'un bilan général et d'une visite chez le gynécologue pour aborder la contraception et la santé sexuelle. Côté homme, le réflexe est le même, même si le suivi médical dédié reste, on le verra, beaucoup moins développé.
Les hommes ont-ils un équivalent du gynécologue ?
Oui, et il est largement méconnu : l'andrologue, qui s'occupe du système reproducteur masculin et des troubles hormonaux, un peu à l'image de ce que représente le gynécologue pour la femme. Il existe aussi les urologues, capables de traiter ces sujets. Mais contrairement aux femmes, qui bénéficient d'un suivi gynécologique régulier dès l'adolescence, les hommes n'ont pas ce réflexe de consultation préventive : ils consultent en général quand un problème apparaît déjà.
Les hommes ont-ils, eux aussi, des cycles hormonaux ?
Pas de cycle mensuel comme chez la femme, mais bien des fluctuations hormonales, sur des cycles beaucoup plus courts (24 à 48h). Le Dr Sacko évoque également l'andropause, l'équivalent masculin de la ménopause, qui survient à un âge plus avancé.
Pourquoi les hommes devraient connaître le cycle menstruel de leur partenaire
Pour le Dr Sacko, c'est "essentiel" : un couple fonctionne sur la communication, et comprendre les variations d'humeur liées aux fluctuations hormonales permet d'éviter bien des incompréhensions et des disputes évitables. Un homme informé peut mieux accompagner sa partenaire pendant le syndrome prémenstruel, plutôt que de subir ou mal interpréter ces changements.
La santé intime reste-t-elle taboue ?
Le constat du Dr Sacko, installée en Côte d'Ivoire, est nuancé. Les femmes sont sensibilisées dès leurs premières règles, mais souvent avec un discours centré sur la peur ("ne tombe pas enceinte") plutôt que sur la santé. Résultat : beaucoup de femmes ne consultent pas de gynécologue en cas de problème intime, préférant demander conseil dans leur entourage ou acheter un traitement directement en pharmacie. En cause : la désinformation, mais aussi la gêne liée à l'examen gynécologique lui-même.
La contraception, une affaire de couple — pas seulement de femme
Le Dr Sacko est catégorique : la contraception ne doit pas reposer uniquement sur la charge mentale de la femme. Le choix d'une méthode contraceptive doit se faire à deux, en tenant compte du mode de vie, des effets secondaires et de l'historique médical. Elle plaide également pour une information égale entre jeunes filles et jeunes garçons sur les différentes méthodes contraceptives — un sujet trop souvent perçu comme réservé aux femmes, alors que certaines d'entre elles ne peuvent tolérer aucune contraception hormonale.
Infertilité : pourquoi la responsabilité est encore trop souvent portée par la femme
Le Dr Sacko est nette sur ce point : l'infertilité peut venir de la femme, de l'homme, ou des deux combinés. Pourtant, en Afrique subsaharienne, la responsabilité retombe traditionnellement sur la femme, et de nombreux hommes refusent encore de se faire dépister — par confusion entre virilité et fertilité, et par crainte du regard des autres. Un frein culturel que le Dr Sacko juge urgent à déconstruire, à travers le dialogue et une meilleure information dès le début de la relation.
Médecine traditionnelle : entre remèdes efficaces et absence de posologie claire
Interrogée sur les remèdes traditionnels réputés améliorer la santé sexuelle masculine, le Dr Sacko adopte une position nuancée. Certaines plantes ont une réelle efficacité, mais contrairement à la médecine chinoise, la médecine traditionnelle africaine n'a pas encore codifié de posologies précises, rendant les dosages aléatoires. Elle-même recommande certaines plantes à ses patientes pour soulager les règles douloureuses, et salue les initiatives hospitalières qui commencent à intégrer les tradipraticiens dans le parcours de soin.
Testostérone et libido : ce qu'il faut vraiment savoir
La testostérone régit une grande partie du fonctionnement masculin, au même titre que l'œstrogène et la progestérone chez la femme. Ses fluctuations influencent à la fois la libido et le niveau d'énergie. Mais attention : on ne "booste" pas sa testostérone à volonté. Toute intervention hormonale nécessite une prescription médicale et répond à des indications précises, pas à une simple envie d'en avoir plus.
Santé mentale : "Ce n'est pas un problème de riches"
Sujet cher au Dr Sacko, la santé mentale progresse sur le continent africain, mais reste marquée par des idées reçues tenaces — notamment l'amalgame entre "santé mentale" et pathologies lourdes (schizophrénie, psychose), qui occulte des réalités bien plus courantes comme l'anxiété, la dépression ou le burnout. Elle insiste : la dépression touche tous les milieux sociaux et toutes les origines, contrairement à l'idée selon laquelle ce serait "un problème de riches" ou "un problème de caucasiens."
Autre donnée marquante : les femmes sont statistiquement plus sujettes aux troubles de santé mentale, mais elles en parlent davantage — ce qui explique en partie un taux de suicide plus élevé chez les hommes, qui verbalisent moins et accumulent en silence.
Bonne nouvelle : on guérit d'une dépression. Et plus la prise en charge est précoce, meilleur est le pronostic — y compris chez les enfants, qui peuvent eux aussi être touchés.
Hygiène intime : les bons réflexes pour elle et pour lui
Le Dr Sacko partage quelques conseils concrets :
- Pour elle : éviter les douches vaginales, qui déséquilibrent la flore et le pH protecteur, privilégier les sous-vêtements en coton, les changer régulièrement, et uriner après un rapport sexuel pour prévenir les infections urinaires.
- Pour lui : une hygiène simple au savon doux suffit, l'anatomie masculine étant moins exposée aux infections liées aux frottements.
- Pour les deux : une alimentation équilibrée, riche en probiotiques, reste la base d'une bonne santé intime.
Le conseil numéro un avant de démarrer sa vie sexuelle
Pour le Dr Sacko, tout commence par la communication : parler de ses attentes, de ses désirs et de ses limites. Vient ensuite le dépistage systématique des IST, y compris en début de relation — car certaines infections, comme le VIH ou l'herpès, peuvent être transmises même avec préservatif, ou rester silencieuses pendant des années sans aucun symptôme (jusqu'à 80% des porteurs de chlamydia sont asymptomatiques).
Elle rappelle également qu'il est possible de contracter une IST au sein même du couple, sans infidélité : hépatite B non vaccinée, hépatite C, herpès dormant... Le dépistage régulier reste la seule façon de lever le doute.
Avortement et fertilité : déconstruire une idée reçue
Non, répéter une IVG n'a pas d'incidence sur la fertilité future — à condition que l'intervention soit réalisée dans de bonnes conditions médicales. Le Dr Sacko insiste sur ce point avec force : les grossesses non désirées peuvent arriver même avec une contraception (le préservatif a un taux de réussite de 85%, les oublis de pilule existent), et il ne faut stigmatiser aucune femme pour son parcours. Un message de déculpabilisation clair, qu'elle tenait à faire passer.
L'hypnothérapie, un outil complémentaire à la médecine
Formée à la fois en médecine et en hypnothérapie, le Dr Sacko peut proposer une prise en charge à la carte : hypnose seule, en complément d'un suivi psychologique, ou associée à un traitement médicamenteux dans les cas les plus sévères. Une pratique encore jeune en Côte d'Ivoire, freinée par des amalgames avec la sorcellerie ou les croyances religieuses, mais qui gagne du terrain grâce au bouche-à-oreille et à une prise de conscience croissante autour de la santé mentale.
Un immense merci au Docteur Mariam Sacko pour sa générosité et sa franchise sur des sujets encore trop peu abordés. Retrouvez-la sur Instagram pour toute question ou prise de rendez-vous à son cabinet en Côte d'Ivoire.
