Être amoureux, ce n'est pas aimer
La première question qu'on lui a posée : c'est quoi la différence entre être amoureux et aimer ?
Pour Myriam, être amoureux est un état. Un shoot d'endorphines qui nous fait tomber pour quelqu'un qu'on connaît encore à peine. Aimer, c'est autre chose : c'est le choix de continuer à cheminer avec l'autre une fois que cet état s'est dissipé.
Son image est parlante : l'état amoureux est en CDD dans la relation. Il fait son travail au début, puis il s'en va — et c'est là qu'il faut choisir de construire autre chose.
Et les papillons dans tout ça ? Il faut faire le deuil des papillons du quotidien. Mais ils peuvent revenir, autrement : dans un voyage à deux, une expérience nouvelle, un moment créé volontairement en dehors de la routine. Ce sont ces instants qui réactivent un peu d'endorphine — pas l'attente passive que la magie recommence.
La routine : coupable ou bouc émissaire ?
On lui a demandé si la routine était l'ennemie du couple. Sa réponse a surpris : la routine sécurise. Savoir que l'autre rentre à telle heure, avoir construit un cadre stable — c'est précieux.
Ce qui est destructeur, ce n'est pas la routine elle-même, c'est de s'y arrêter. Le "métro-boulot-dodo, on s'aime, ça suffit" ne suffit pas. L'amour donne le carburant ; encore faut-il décider comment on l'utilise pour entretenir la relation.
Un point qu'elle a tenu à corriger : cette responsabilité d'entretenir la flamme ne repose pas uniquement sur l'homme. Si les femmes en demandent parfois plus (plus de surprises, plus d'organisation), c'est aussi parce qu'elles ressentent un besoin plus fort de vibrer émotionnellement. La clé n'est pas de désigner un coupable, mais de doser : communiquer sur ce dont le couple, en tant qu'entité à part entière, a besoin pour fonctionner.
Pourquoi tant de couples se séparent aujourd'hui
Un divorce sur deux (à peu près). Pour Myriam, plusieurs facteurs s'additionnent :
- Une société qui facilite la rupture. On est plus consommateurs que "protecteurs" de ce qu'on a. Les réseaux sociaux entretiennent l'idée que l'herbe est plus verte ailleurs — alors qu'elle ne l'est jamais vraiment.
- Un déficit d'éducation sur ce qu'est réellement l'amour. On grandit matrixés par des images de couples parfaits, sans jamais apprendre à normaliser le doute, les conflits, les remises en question.
- Le manque de communication et d'introspection. Les couples qui durent sont ceux qui communiquent vraiment, qui restent connectés à eux-mêmes, et surtout, capables de se réinventer au fil des années.
Un exemple frappant qu'elle a partagé : ces "dossiers" qu'on garde en silence pendant des années — et qu'on ressort d'un coup lors d'une grande crise. Un besoin jamais exprimé n'est pas un besoin résolu. Le silence qui s'accumule finit toujours par sortir, en pire.
Le couple, seul espace où on se laisse tout permettre
Un constat partagé pendant l'épisode : le couple est souvent la seule relation où on s'autorise à être désagréable, à ne pas faire d'effort, à attendre que l'autre devine — alors qu'on ne se le permettrait jamais avec un patron ou un ami.
Pour Myriam, cette liberté d'être soi-même ne doit jamais devenir une excuse pour manquer de respect. Être authentique dans son couple, oui. Hausser le ton, tester les limites de l'autre parce qu'"on est ensemble pour la vie" — non. Ça s'apprend, comme tout : bien communiquer n'est pas inné.
Individualisme ou sacrifice : comment doser
Faut-il s'effacer pour le couple, ou rester centré sur soi ? Ni l'un ni l'autre, selon elle. Il s'agit de savoir d'abord ce qui est bon pour soi, puis de mettre cela au service de ce qu'on construit à deux. S'effacer totalement, comme l'ont souvent fait les générations précédentes, n'a jamais garanti plus de bonheur — seulement moins de divorces.
Sa formule : faire se rencontrer "ta réalité" et "ma réalité" pour construire une réalité de couple commune.
Consulter avant la crise, pas après
Question directe : peut-on voir une thérapeute de couple sans avoir de problème ? Réponse tout aussi directe : fortement recommandé.
La majorité des couples arrivent en thérapie en curatif — au bord du gouffre, avec des années de rancune accumulée. Ceux qui viennent en préventif, pour ajuster leur communication ou rééquilibrer couple parental et couple conjugal, vivent des thérapies bien plus sereines, parfois même dans la bonne humeur.
Sur qui appelle en premier : autant d'hommes que de femmes, mais pas au même degré d'urgence. Les hommes appellent souvent en dernier recours ("elle m'a dit que si je ne faisais rien..."), quand les femmes anticipent davantage.
Est-ce que tout est surmontable ?
Tant qu'il y a de l'amour, presque tout se travaille — y compris une infidélité, selon la manière dont chacun se saisit de l'épreuve. Ce qui devient réellement compliqué, c'est l'absence de "carburant" : quand l'un des deux n'a plus l'énergie ni l'envie d'investir dans la relation, même les petits problèmes deviennent insurmontables.
Son indicateur personnel : la projection. Tant qu'on s'imagine encore un futur avec l'autre — même lointain — l'amour est là.
Le bonheur ne tombe pas du ciel
Dernier point, et pas des moindres : l'idée reçue selon laquelle il faudrait d'abord s'aimer soi-même pour pouvoir aimer quelqu'un. Pour Myriam, c'est faux. Des personnes avec un passif douloureux, une estime de soi abîmée, sont tout à fait capables d'aimer sainement — même si travailler sur soi ne peut qu'ajouter de la lumière en plus.
Autre mythe démonté : attendre que le bonheur "arrive" une fois que le partenaire coche toutes les cases (grand, attentionné, qui devine nos envies...). Le bonheur n'est pas un mécanisme magique déclenché par l'autre — c'est une construction à deux, qui suppose d'abord de savoir soi-même ce qu'est le bonheur, pour pouvoir le reconnaître quand il se présente.
Le mot de la fin : complémentarité plutôt que guerre
Le conseil de Myriam aux jeunes couples : se renseigner sur ce qu'implique réellement une relation qui dure, communiquer sur ses différences plutôt que chercher une égalité illusoire, et surtout — faire de ces différences une force plutôt qu'un motif de guerre.
Son exemple préféré : face à un problème, l'homme a souvent tendance à se dire "on le réglera s'il arrive", quand la femme anticipe 99 solutions à 100 problèmes qui n'arriveront peut-être jamais. Ni l'un ni l'autre n'a tort — mais s'en inspirer mutuellement vaut mieux que se le reprocher.
