La psychogénéalogie, c'est quoi
La psychogénéalogie part d'un constat : ce qu'on vit aujourd'hui dans notre quotidien peut être influencé par notre héritage familial. Pas un héritage matériel — un héritage émotionnel. Les traumas non digérés dans une famille se transmettent de façon inconsciente, de génération en génération, et viennent influencer nos choix de vie, nos émotions, nos relations.
Et cette transmission ne concerne pas que les femmes. Elle vient des deux côtés de l'arbre généalogique, du père comme de la mère — même si on a longtemps cru que seule la lignée maternelle comptait.
Les signes qui ne trompent pas
Selon Jenny, le couple est une véritable lampe torche : il met en lumière tout ce qu'on n'a pas digéré émotionnellement. Certains signaux reviennent souvent :
- Les schémas répétitifs. Toujours le même type de partenaire, la même dynamique toxique, alors qu'on "sait" consciemment que ça ne nous convient pas.
- Une attirance vers ce qui nous fait souffrir. L'exemple classique : être attiré par les "bad boys" alors qu'on cherche, en théorie, la sécurité et la douceur.
- Un sentiment de ne pas être à sa place, l'impression de vivre la vie de quelqu'un d'autre.
Ce qui rend ces schémas si difficiles à casser, c'est qu'ils ne sont pas toujours conscients. Et même quand ils le sont, comprendre ne suffit pas toujours à s'en défaire — un peu comme savoir qu'un aliment nous fait grossir n'empêche pas d'en manger.
La loyauté transgénérationnelle
Le concept central de l'échange : la loyauté familiale inconsciente. On répète parfois un schéma non pas parce qu'il nous correspond, mais parce qu'il fait partie des "règles" implicites de la famille — un type de conjoint, une manière de vivre le couple, une croyance sur les hommes ou les femmes.
Historiquement, sortir des règles du clan représentait un danger réel pour la survie. Cette mémoire reste ancrée dans l'inconscient : s'éloigner du schéma familial peut être vécu, sans qu'on en ait conscience, comme une forme de trahison — donc de mise en danger.
Ce mécanisme touche aussi bien les personnes en lien avec leur famille que les personnes adoptées : la transmission passe par des voies bien plus profondes que la simple relation directe.
Des exemples concrets
Jenny partage plusieurs illustrations marquantes :
- Une femme dont l'arrière-grand-mère avait été abandonnée à la naissance porte, sans le savoir, une peur intense de l'abandon — et choisit, sans s'en rendre compte, des partenaires qui ont eux-mêmes besoin de liberté et ne peuvent pas la rassurer. Le schéma se rejoue, encore et encore.
- Une croyance familiale ("le couple, c'est perdre sa liberté") héritée de générations de femmes contraintes d'abandonner leurs études ou leur travail en se mettant en couple, qui pousse inconsciemment une descendante à choisir des relations vouées à l'échec — histoire de ne jamais vraiment "s'engager".
- Des réparations transgénérationnelles inconscientes : une descendante de colons qui se marie avec quelqu'un du pays colonisé, sans lien conscient avec cette histoire familiale.
Même des détails comme un prénom "hors contexte" dans une lignée peuvent trahir un secret de famille jamais digéré.
Pourquoi on sabote parfois les relations saines
Un point frappant de l'échange : quand une relation saine se présente enfin, il arrive qu'on la sabote. L'inconscient, habitué à un fonctionnement souffrant, peut percevoir la sécurité et la gentillesse comme quelque chose d'inconnu — donc d'inconfortable. Paradoxalement, le "confort" de l'inconscient, c'est souvent ce qu'il connaît déjà, même si ça fait mal.
Comment identifier ce qui se joue
Pas besoin d'aller confronter ses parents ou grands-parents pour amorcer une prise de conscience. Les indices se trouvent souvent dans :
- des situations qui se répètent malgré la volonté consciente d'en sortir
- des émotions qu'on ne s'explique pas ("je ne comprends pas pourquoi j'ai cette haine, cette peur")
- l'observation de schémas similaires chez d'autres membres de la famille (hommes malheureux en affaires, femmes malheureuses en couple, etc.)
Le travail d'accompagnement permet de faire le lien entre la problématique actuelle et son origine réelle — qui n'est pas toujours celle qu'on croit spontanément.
Ce que ça implique pour le couple
Jenny est claire : un couple, ce n'est jamais juste deux individus qui se rencontrent, mais deux histoires transgénérationnelles qui se rencontrent aussi. Le partenaire choisi vient souvent, sans le vouloir, activer nos blessures les plus profondes — c'est même une partie du "sens" de la rencontre amoureuse.
D'où l'intérêt d'un travail individuel d'abord, pour comprendre ce qu'on porte, avant même de se mettre en couple. Mais certaines blessures ne se révèlent vraiment que dans la relation à deux — parce que c'est là qu'on a enfin un miroir en face de soi.
Communiquer sur ces blessures avec son partenaire change la donne. Comprendre que la jalousie ou la colère de l'autre vient d'une blessure activée — pas d'un jugement personnel — apporte de l'empathie et désamorce une partie du conflit. Ça ne dispense pas de poser ses limites, mais ça change la lecture qu'on fait du comportement de l'autre.
Une lecture des tendances de société
Un passage intéressant : selon Jenny, on est particulièrement liés, transgénérationnellement, à la génération de nos grands-parents. Ce qui expliquerait, en partie, certains mouvements de société actuels — un féminisme parfois combatif en réaction à une génération de femmes privées de droits, ou à l'inverse le retour de courants comme les "tradwives", une forme de loyauté inversée vers un modèle plus ancien.
Ces mouvements collectifs seraient, à leur échelle, le reflet de mémoires transgénérationnelles pas encore apaisées.
Le mot de la fin : la patate chaude
L'image retenue par Jenny, empruntée à Anne Ancelin Schützenberger (pionnière de la psychogénéalogie) : celle du relais de "patate chaude" transmis de génération en génération. On peut la faire passer sans y toucher — ou décider de la garder, d'y mettre de la conscience, et de faire en sorte que la transmission s'arrête avec soi.
Ce n'est pas une fatalité. Les pires histoires familiales peuvent devenir un terreau, pas une condamnation.
Un grand merci à Jenny (Jennifer Bangot) pour cet éclairage. Pour aller plus loin, elle propose des initiations gratuites sur son compte Instagram dédié à la psychogénéalogie.
